Tunisie : la révolte est en train de changer de nature

Publié le par Stade7 Tunisie

Tunisie : la révolte est en train de changer de nature

 

 


 

 

 

La révolte a déjà ses trois premiers martyrs. Le premier, Mohamed Bouazizi, un jeune universitaire au chômage devenu vendeur ambulant, s'était fait confisquer sa marchandise le 19 décembre, par la police municipale de Sidi-Bouzid, n'ayant pas les autorisations nécessaires. Désespéré et empêché de plaider son cas devant le préfet, le jeune homme s'était aspergé d'essence pour s'immoler par le feu. Cinq jours après, un autre jeune habitant de la même ville ville, Houcine Naji, s'est suicidé par électrocution en grimpant sur un pylône, et Lotfi Guadri a plongé dans un puits. De violents affrontements ont opposé vendredi plus de deux mille manifestants et la police dans la ville de Menzel-Bouzayane, à 60 km de Sidi-Bouzid, faisant un tué par balle et des blessés.

"La révolte citoyenne des jeunes chômeurs de luxe en Tunisie a ce mérite de froisser une image d'Epinal que "vend" le régime de Ben Ali"

La façade du régime autocratique de Ben Ali est en train de fissurer gravement. Alors que, lors des émeutes de Gafsa de 2008, la dictature avait réussi à établir un cordon sanitaire avec le reste du pays, cette fois c'est impossible : des manifestations de soutien aux habitants de Sidi-Bouzid ont eu lieu ces derniers jours dans plusieurs villes dont la capitale, Sfax, Bizerte et Kairouan. Selon un journaliste du quotidien algérien "El Watan", "la révolte citoyenne des jeunes chômeurs de luxe en Tunisie a ce mérite de froisser une image. Une image clinquante d'un pays politiquement stable, économiquement prospère et socialement paisible, déclinée comme une belle carte de visite. C'est l'image d'Epinal que "vend" le régime de Ben Ali d'une Tunisie surfaite, à l'ombre de Sidi-Bouzid, Gafsa et toutes ces localités de l'arrière-pays situées à mille lieues du faste de Hammamet, Sousse et Djerba. L'Algérie, elle, dispose d'une riche "expérience" à mettre à la disposition de nos voisins. Aux jeunes Maghrébins révoltés, leurs homologues algériens peuvent offrir tous les modes opératoires d'une émeute. Aux régimes marocain et tunisien, les services de sécurité algériens pourraient mettre à leur disposition un florilège de dispositifs répressifs. Pour cause, l'émeute sociale en Algérie est tellement chronique qu'elle fait partie de la vie nationale de tous les jours. Nos voisins tunisiens, eux, découvrent qu'ils ne peuvent indéfiniment tromper leur jeunesse par des slogans creux et des promesses sans lendemain".

Le chômage des jeunes diplômés de l'Université constitue un fléau : son taux atteindrait le double du taux de chômage global, estimé officiellement à 14 %.

Le chômage, la cherté de la vie et le sentiment d'être laissés pour compte dans des régions défavorisées sont à l'origine de cette flambée de mécontentement. "Le taux de chômage élevé des diplômés universitaires, la hausse des prix des matières premières et le recours au secteur agricole seulement sont à l'origine des troubles", a estimé le président de la section régionale de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, Raouf Nsiri. Le chômage des jeunes diplômés de l'Université constitue un fléau en Tunisie contre lequel le gouvernement a été mis en garde par les institutions internationales, dont le FMI. Son taux atteindrait le double du taux de chômage global, estimé officiellement à 14 %. "La défaillance du modèle de développement, qui a provoqué une inégalité entre les régions, a débouché sur le fait que 90 % de projets sont localisés dans les régions côtières et 10 % dans les régions intérieures", affirme l'opposant Rachid Khéchana. Selon lui, cette "disparité s'est accentuée avec l'arrivée sur le marché de travail de plusieurs milliers de diplômés originaires de ces régions enclavées".

Même Ben Ali ne peut cacher son "inquiétude", tout en dénonçant une "instrumentalisation politique"

Même Ben Ali ne peut cacher son «"inquiétude", tout en dénonçant une "instrumentalisation politique" : Il cherche en minimiser l'ampleur en en faisant un "incident isolé" dont le point de départ serait "un cas social dont nous comprenons les circonstances et les facteurs psychologiques" ! Mais hier il a dû limoger le ministre de la communication. Selon Selim Ben Hassen, qui a créé le "mouvement citoyen" Byrsa, il y a un an, les manifestations révèlent un malaise beaucoup plus profond. Jour après jour, les slogans scandés par les manifestants évoluent : "Depuis vendredi, ils ont pris une teneur politique : ils demandent plus de liberté d'expression, moins de corruption, alors qu'avant il s'agissait juste de dénoncer le haut taux de chômage. "D'autres bannières appellent le président, au pouvoir depuis novembre 1987, à ne pas se représenter en 2014, alors qu'il en a l'intention".

A partir d'une révolte sur le chômage, les mots d'ordre ont changé : "Libertés, libertés, pas de présidence à vie" لا توريث) و[لا تمديد كلّنا سيدي بوزيد) et "Pas de succession ni de prorogation, nous sommes tous des Sidi-Bouzi" (للا توريث و لا تمديد كلّنا سيدي بوزيد)

Pour lui la jeunesse tunisienne commence à vouloir défendre son droit à participer à la vie publique : "Je veux leur rappeler que c'est au peuple et seulement à lui de prendre son destin en main, dit-il sur le site de son mouvement. Qu'il est inutile d'attendre qu'un homme providentiel vienne les sauver de cette débâcle, que c'est un mythe et qu'il n'y a rien de pire qu'un peuple qui a attendu qu'on le sauve et qui ne s'est pas sauvé lui même. Mais ce que je peux dire aussi avec force, c'est qu'une autre Tunisie est possible et qu'elle est à portée de main, que cette Tunisie ne se construit pas avec des soupirs d'exaspération ou avec des complaintes, mais avec des actes concrets. Elle se construit quand chaque citoyen prend conscience qu'il doit s'investir dans la lutte, et y consacrer de son temps et de son argent. Quand cela sera compris, l'horizon sera plus clair, parce que malgré tout ce qu'on dit, aucune force ne peut résister à un peuple déterminé à reconquérir sa souveraineté." Or, c'est ce qui se passe. A partir d'une révolte sur le chômage, les mots d'ordre ont changé : "Libertés, libertés, pas de présidence à vie" et "Pas de succession ni de prorogation, nous sommes tous des Sidi-Bouzid"

Publié dans Tunisie Sidi bouzid

Commenter cet article