Sami Ben Abdallah: le Blog Stade 7 et mon devoir envers la Tunisie

Publié le par Stade7 Tunisie

 

 

 

 

 

Cet article parait aussi sur Blog Stade 7 et sur mon Blog officiel http://samibenabdallah.rsfblog.org/

 

En 1944, c’est Malraux qui aurait dit :

Le Général de Gaulle est parti de la France en 1940 en laissant  40 millions de pétainistes en 1940. A son retour en France après la chute de Pétain, De Gaulle a découvert que  40 millions de pétainistes ont tourné leur vestes et sont devenus 40 millions de résistants ».

En Tunisie, la majorité applaudissait et profitait du « système Ben Ali » jusqu’à sa chute…

 

Par Sami Ben Abdallah

 

Le 26 décembre 2010, les manifestations ont déjà éclaté en Tunisie après la mort du jeune Mohamed Bouazizi, la police a ouvert le feu sur les foules, des morts commencent à tomber.

 

Le 26 décembre 2010, je me suis trouvé face à un dilemme cornélien. Que faire ?


Que faire en  voyant la police tirer  sur des jeunes de ma génération et sur le petit peuple ? que faire car plutôt qu’une personne ou une famille, (les familles proches de Ben Ali) le "système" qui règne en Tunisie, je le connais  parfaitement. Ben Ali n’a pas inventé l’eau chaude en matière de répression. Il n’a fait que perfectionner un système mis en place par Habib Bourguiba. Car en janvier 1978 la Tunisie a manifesté aussi et il y a eu entre 200 et 500 morts (selon les sources), en janvier 1980 une insurrection a eu lieu dans le sud tunisien et il y a eu les mêmes morts, en janvier 1984, les émeutes du pain ont compté le même nombre de morts.


Que faire car des millions de mes compatriotes oublient que Ben Ali n’a pas fait son entrée au ministère de l’intérieur qu’en 1977, et qu’en janvier 1984 lors des émeutes du pain, il était à Varsovie loin de Tunis et pourtant la Tunisie a souffert des mêmes maux dénoncés aujourd’hui  : la présidence à vie, la fraude électorale, la corruption, la torture, le culte de la personnalité, la censure, la répression des oppositions youssefistes, d’extrême Gauche. Par conséquent comment en finir avec ce système ?


 

Que faire face à ce système dont tous ceux qui cherchent à se partager le gâteau après la chute de Ben Ali ont contribué à sa mise en place (Et que dire de tous ceux qui applaudissaient Ben Ali et profitaient largement de son système avant de retourner leurs vestes ?).  Les islamistes d’En- Nahdha qui ont tenté de renverser le pouvoir au moins en 2 fois (en 1987 et  en 1991) avant que Rached Ghannouchi et sa clique ne prenne la fuite à l’étranger en sacrifiant des milliers de personnes restées à Tunis ? La gauche qui a cautionné la répression des islamistes en échange de portefeuilles ministériels ? Et la majorité des Tunisiens qui ont cautionné le système Ben Ali par leur silence ou par leur démission quand ils ne profitaient par de son régime ?


Que faire ?

Car personne n’a prévu la chute de Ben Ali aussi rapidement. Car personne n’a prévu que l’armée dont est issu Ben Ali, l’armée qui a ouvert le feu sur les Tunisiens qui manifestaient en 1978, en 1981 et en 1984, que cette même armée refuserait d’ouvrir le feu  en janvier 2011 et  demanderait le départ de Ben Ali ?

 

Que faire ?


J’ai connu ce dilemme cornélien en 2002 et j’y ai apporté une réponse en refusant  le referendum de 2002, ((Article paru à Tunisnews: Sami Ben Abdallah : Éditorial : Non                Cliquez ICi pour le lire) les résultats des élections  présidentielles de 2004 et en m’abstenant de tout commentaire sur les élections présidentielles de 2009. J’ai payé le prix : plus de 8 ans d’exil, des pressions exercées sur ma famille et une grande solitude.

Depuis 2002, ce n’est qu’en avril 2009 que j’ai pu rentrer en Tunisie pour des courts séjours (avril 2009 et septembre 2009 pour 10 jours à chaque fois). Je n’ai pu rentrer que grâce à l’effort de 5 personnes mais à mes conditions : ne pas faire la moindre déclaration publique favorable au pouvoir quand tous ceux qui sont rentrés en ont faite Refuser d’être interrogé par la police politique quand la majorité de tous ceux qui sont rentrés   en ont été convoqués. En échange, je devais respecter une seule ligne rouge : celle de ne plus évoquer Ben Ali et sa famille.

 

Si à Tunis, aucun mal ne m’a atteint, j’ai constaté –cependant que j’étais sous surveillance, un ami me l’a confirmé. Même les coups de fil que je passais à ma famille de la France ou à certains amis, étaient sur écoute alors que les courriers postaux étaient ouverts.


Mon Blog était censuré depuis novembre 2009, un mois après son lancement. Sur facebook, même ma page était parmi les premières à être censurée de la Tunisie. J’ai fini par la désactiver en septembre 2010 .


Le 26 décembre 2010, je devais tenir compte de tous ces éléments afin de me décider. Finalement, j’ai décidé de me servir de la technologie (Internet) afin d’informer  le plus grand nombre du drame tunisien. J’ai donc lancé le Blog Stade 7 Tunisie Blog en y mettant tout mon savoir faire en référencement et en communication. Je l’ai fait anonymement même si à partir du 4 janvier 2011, un ami m’a fait savoir qu’ils ont compris que c’était moi.


Cela me prenait 5 heures de ma journée en dépit des contraintes personnelles, professionnelles et financières assez difficiles que je vivais. Il fallait enregistrer les vidéos de Facebook, les optimiser, les ré-Uploader sur Youtube et sélectionner l’actualité internationale afin de la publier sur mon Blog Stade 7 en optimisant les mots clefs afin d’améliorer le référencement de ce Blog.  Je devais être utile et efficace.

 

Publiquement, j’ai refusé d’intervenir après avoir reçu des invitations d’émissions françaises. Car je voulais investir les 5 heures  que je libérais de ma journée utilement. Il fallait obtenir des résultats concrets et informer le plus grand nombre.

 

Les chiffres de consultations du Blog Stade 7, ceux des vidéos que j’ai mises sur Youtube (mon pseudo était TheTunisieTunisia) constituent le prix de ma liberté que j’ai arrachée et que personne ne m’a offerte.

 


Oui car ma liberté, je ne la dois pas à un quelconque parti d’opposition. Je ne la dois pas à un quelconque régime. J’ai arraché ma liberté et j’ai payé son prix. A moitié, je la dois  aux martyrs tunisiens qui sont tombés sous les balles de la police, à l’armée qui a refusé de réprimer les manifestants, à la technologie (internet)…


Mais à moitié, je la dois à moi-même, à ma volonté, aux années d’exil, à tous les risques que j’ai pris, aux dizaines d’amis qui m’ont soutenu.


A tous mes compatriotes qui s’interrogent que faire ? Je dis qu’il y a toujours des marges de manœuvre, des choses possibles, des risques calculés à prendre et parfois des sauts dans l’inconnu à faire. Car les mêmes causes produiront les mêmes effets. Et car on peut être un homme libre dans une société qui ne l’est pas comme on peut être un non-citoyen dans un pays libre.

 


Les captures d’écran ci-dessous témoignent de la volonté et de l’effort d’une seule personne qui a voulu remplir son devoir envers son pays. Les statistiques  sont celles de la Template over-Blog et de Youtube.


Si je les exhibe, ce n’est nullement pour quémander  un quelconque prix. Elles font partie de l’histoire de ma famille, de la mienne, de celle de mon père. Car pour mes droits, j’ai appris à me toujours me battre pour les avoir.

 

Quant à la politique à proprement parler, j’ai ma façon de voir les choses, j’ai mes méthodes, j’ai ma logique. Aujourd’hui devant les prémices d’un chaos que traverse la Tunisie, et en voyant L'Establiment  et les opposants de Ben Ali s’entretuer pour le butin de l’après Ben Ali, je me sens terriblement seul.


Ma seule consolation est qu’à 36 ans, j’ai tout le temps afin de participer avec d’autres à la reconstruction d’une nouvelle Tunisie car la voix de ma génération doit être entendue. A chaque étape de ma vie, j’ai toujours fait mon possible pour mon pays. Et  s’il y a une solitude où l’on est seul car seul, il y a une autre où l’on est seul car les autres ne nous ont pas encore rejoint.

 

Ce jour viendra inévitablement...

 

Sami Ben Abdallah

Paris 17 janvier 2011

 

Le Blog de Stade7 ne sera plus actualisé. Aujourd’hui Internet est libre en Tunisie. A chacun d’arracher sa liberté seul.

 

J’ai lancé le Blog Stade 7 le 26 décembre 2010. Mon Objectif était d’informer le plus grand nombre du drame tunisien. J’ai voulu être utile à mon pays et faire des choses concrètes plutôt que de  passer  des heures à pleurer le sort de ces manifestants ou à  faire des commentaires inutiles sur Facebook.

 

Le Blog Stade 7 a été classé en janvier 2011  dans le Top 100 (à la position 63) de la template over-Blog qui compte approximativement un million de Blog.

 


 

Cliquez sur la photo afin de lire le mail reçu d’over-Blog

 

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Sami Ben Abdallah sur  Youtube, sous un pseudo TheTunisieTunisia, je choisissais les vidéos de Facebook et d’ailleurs. Il fallait les enregistrer, les re-uploader sur Youtube. C’est un travail facile mais qui nécessite un vrai effort (Par expérience, je sais que la majorité refuse de faire ce sale boulot. Elle préfère passer son temps à faire des commentaires ou des discours sur facebook). J’ai voulu informer le plus grand nombre du drame tunisien et faire mon devoir envers mon pays. Les chiffres de consultations des vidéos  que j’ai mises sur Youtube parlent d’eux-mêmes.

 

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omnitech reviews 22/12/2014 09:42

I say the government has no respect for the citizens. All they can do is open fire against innocent people and they fall dead. The worst and the saddest part is that they don’t even care about those people who they killed.

skander 17/01/2011 22:35


Visiteur régulier de ton site, je prend acte de ta décision et tenais à te remercier pour ton travail qui m'a permis de France, de suivre les évènements de ma chère Tunisie.
Un Etat de droit est à reconstruire désormais. C'est une chance et aussi un immense défi qui nous tous devons contribuer à relever.
Bonne route à toi.

Skander.